#ArtTechnologyManagement 01-07-2026

Canicule, dress code et bien-être : quand le management se mesure aux degrés Celsius

Alors que le thermomètre s’affole, une question hautement stratégique s’invite à la machine à café : le short est-il compatible avec la culture d’entreprise ? Au-delà du thermomètre, la gestion du vestiaire estival (bermudas, sandales, débardeurs) se révèle être une véritable problématique. Comment conjuguer flexibilité, image de marque et bien-être ?

Éclairage avec Agnès Ceccarelli, enseignante-chercheuse à ICN Business School.

En période de canicule, la tentation est grande de troquer le costume réglementaire ou les tenues habituelles, plus formelles, pour des pièces plus légères, parfois uniquement adaptées à la plage. Mais pour le manager, ce qui semble être un simple réflexe de survie thermique pour son équipe se transforme parfois en un exercice d’équilibriste, à la frontière entre respect des libertés individuelles et préservation des codes de l’organisation.

Le dress code : une liberté sous haute surveillance administrative

En France, le Code du travail pose un principe fondamental : le choix des vêtements relève de la liberté individuelle. « Venir travailler en short n’est pas fondamentalement interdit par la loi, se vêtir étant une liberté dans notre pays », rappelle d’emblée Agnès Ceccarelli, professeure associée en ressources humaines et comportement organisationnel à ICN.

Cependant, cette liberté s’arrête là où commencent la sécurité (les tongs sur un chantier, on oublie), les règles incontournables d’hygiène et les exigences de la relation client. Une entreprise a parfaitement le droit d’imposer un dress code dans son règlement intérieur si l’image de marque l’exige. Le short souffre d’ailleurs encore d’une étiquette « casual wear » jugée parfois incompatible avec les standards corporate.

« La France se situe dans une sorte d’entre-deux culturel », observe Agnès Ceccarelli. « Notre pays reste relativement conservateur sur ces règles, tout en conservant une grande latitude. Nous sommes par exemple beaucoup moins rigoristes que la Suisse ou certains pays anglo-saxons, qui édictent des consignes extrêmement strictes en cas de fortes chaleurs. »

Du costume au tailleur : le vestiaire pro a-t-il un genre ?

La canicule a ceci de fascinant qu’elle agit comme un miroir des disparités historiques de nos organisations. Quand le mercure grimpe, les hommes se sentent souvent pris au piège de leur garde-robe, bien plus contraints que leurs collègues féminines.

Une inégalité thermique qui prend sa source dans l’Histoire. « C’est une situation établie depuis le XIXe siècle : le code vestimentaire masculin est ce que l’on appelle un système de codes fermé, offrant très peu d’options », décrypte l’enseignante-chercheuse d’ICN. « À l’inverse, les femmes bénéficient de codes d’habillement dits « ouverts », avec une variété de styles, de coupes et de pièces beaucoup plus large. C’est ce qui crée ce sentiment d’iniquité chez les hommes lorsque le thermomètre grimpe. »

Manager par le bon sens plutôt que par le règlement

Face à l’imprévu climatique, le management par le tableur Excel ou le décret intérieur montre ses limites. Manager des humains, c’est intégrer une compétence clé : l’empathie situationnelle. Savoir adapter le cadre quand l’air devient irrespirable est une preuve de maturité managériale.

Lorsque les chartes internes restent floues ou trop rigides, Agnès Ceccarelli préconise de faire sauter le verrou du non-dit : « Si la situation pose un réel problème de confort au sein des équipes, il faut privilégier le dialogue et engager une discussion ouverte au sein des organisations. »

Horaires décalés pour éviter les pics de chaleur, généralisation temporaire du télétravail, ou « crédit bermuda » les jours sans rendez-vous client… En abordant la canicule sous l’angle de la Qualité de Vie au Travail (QVT) et des conditions au travail, le manager transforme un irritant en un puissant levier d’engagement. C’est précisément cela, un management agile, créatif et résolument centré sur l’humain.

Et si vous appreniez à piloter les imprévus (climatiques ou non) avec audace ?