L'Executive MBA se métamorphose pour former à la complexité !
L'Executive MBA d'ICN évolue pour propulser les dirigeants au-delà des outils traditionnels. Développez une vision systémique à 360°, maîtrisez l'intelligence de l'implicite et intégrez les défis de la RSE et de l'IA pour transformer durablement votre organisation. Un article proposé par Zineb Aouni, directrice du programme.
Les programmes MBA font parfois l’objet d’une critique récurrente : ils ne développeraient pas suffisamment les compétences comportementales fondamentales attendues d’un manager (Rubin et Dierdoff, 2009). Communication, animation des équipes, gestion des conflits, gestion logistique et de la technologie, gestion des activités administratives, développement des objectifs et des stratégies seraient insuffisamment présentes dans les cursus.
Cette critique mérite toutefois d’être replacée dans le contexte spécifique d’un Executive MBA. Évaluer un EMBA principalement sur sa capacité à enseigner les fondamentaux du management revient en partie à se tromper de cible.
Un Executive MBA ne s’adresse pas, en effet, à des personnes qui découvrent le management. Il est conçu pour des professionnels expérimentés qui ont déjà exercé des responsabilités, managé des équipes, pris des décisions et été confrontés aux réalités de l’organisation, quels que soient leur secteur ou leur univers professionnel : civil ou militaire, économique, technique, médical, artistique, associatif ou non lucratif. Sa vocation n’est donc pas prioritairement de leur apprendre à devenir managers, mais de leur permettre de changer de niveau de lecture et d’action.
Du management à la compréhension systémique
Avec l’expérience, la difficulté n’est plus seulement de savoir manager une équipe ou piloter une fonction. Elle consiste à comprendre les interactions entre des dimensions de plus en plus nombreuses : stratégie, finance, ressources humaines, technologie, responsabilité sociale et environnementale, gouvernance, innovation, géopolitique ou encore évolution des attentes sociétales.
Le cadre dirigeant doit progressivement passer d’une logique essentiellement fonctionnelle à une vision systémique de l’entreprise.
Une décision financière peut avoir des conséquences humaines. Une transformation digitale modifie les processus, mais également les compétences, la culture et parfois le modèle économique. Une stratégie de développement doit désormais intégrer les enjeux environnementaux et sociaux. Une innovation ne peut plus être pensée indépendamment de l’écosystème dans lequel évolue l’organisation.
C’est précisément cette capacité à articuler les différentes dimensions de l’entreprise que doit développer un Executive MBA.
Une vision à 360° de l’entreprise
L’un des premiers objectifs du programme Executive MBA d’ICN est ainsi de permettre aux participants de construire une vision globale de l’organisation.
Il ne s’agit pas seulement d’acquérir des connaissances dans plusieurs disciplines, mais de comprendre leurs interdépendances.
La stratégie ne peut être dissociée de la finance. La finance ne peut être dissociée de la création de valeur. Les ressources humaines ne peuvent être pensées indépendamment des transformations technologiques. La performance ne peut plus être envisagée sans prendre en compte la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise.
L’enjeu est donc de développer une capacité d’arbitrage et de décision qui dépasse les frontières fonctionnelles.
Développer un leadership créatif
L’Executive MBA vise également à faire évoluer la manière dont les managers exercent leur leadership.
Dans des environnements caractérisés par l’incertitude, la transformation et la complexité, le dirigeant ne peut plus seulement appliquer des méthodes éprouvées. Il doit être capable de questionner les modèles existants, d’imaginer de nouvelles possibilités et d’accompagner des transformations dont les résultats ne sont pas toujours prévisibles.
Le leadership créatif devient alors une compétence essentielle.
Il suppose de savoir mobiliser l’intelligence collective, créer les conditions de l’innovation, accepter l’expérimentation et construire du sens dans des situations où les réponses ne sont pas immédiatement disponibles (Mainemelis et al. 2015).
Cette dimension est étroitement liée au développement personnel. L’évolution vers des responsabilités plus importantes oblige également le manager à mieux comprendre son propre fonctionnement, son rapport à la décision, au pouvoir, à l’incertitude et aux autres.
Apprendre à penser en écosystème
L’entreprise contemporaine ne peut plus être analysée comme une organisation isolée.
Sa performance dépend d’un ensemble d’acteurs : clients, fournisseurs, partenaires technologiques, startups, pouvoirs publics, investisseurs, territoires, associations ou institutions académiques.
Développer des compétences écosystémiques signifie donc apprendre à identifier ces interdépendances, à construire des alliances et à créer de la valeur avec des acteurs qui ne se situent pas nécessairement à l’intérieur des frontières traditionnelles de l’entreprise.
Cette capacité devient particulièrement importante lorsque les organisations sont confrontées à des transformations qu’elles ne peuvent mener seules : transition énergétique, digitalisation, innovation ou évolution des chaînes de valeur.
Développer l’intelligence de l’implicite
Dans les organisations, une grande partie de ce qui détermine les décisions, les résistances ou les dynamiques collectives n’est jamais complètement explicite.
Les règles formelles, les organigrammes et les procédures ne disent pas tout. Les jeux d’acteurs, les représentations, les non-dits, les routines, les rapports de pouvoir, les cultures professionnelles ou les logiques informelles influencent fortement le fonctionnement réel de l’entreprise.
L’Executive MBA cherche ainsi à développer une intelligence de l’implicite : la capacité à percevoir ce qui ne se donne pas immédiatement à voir, à interpréter les signaux faibles, à comprendre les logiques sous-jacentes et à décoder les dynamiques humaines et organisationnelles.
Pour un dirigeant, cette compétence est décisive. Elle permet de ne pas réduire une situation complexe à ses seules données visibles et de mieux comprendre pourquoi une transformation adhère, résiste ou produit des effets inattendus.
Elle prolonge directement la pensée systémique : comprendre une organisation, ce n’est pas seulement connaître ses structures et ses processus, c’est aussi savoir lire ses dimensions informelles, symboliques et relationnelles.
Savoir problématiser avant de chercher des solutions
Une autre compétence essentielle développée par l’Executive MBA est la capacité de problématisation, notamment à travers les méthodes de recherche qualitative.
Dans l’exercice managérial, la tentation est souvent de passer rapidement du constat à la solution. Pourtant, dans les situations complexes, le problème apparent n’est pas toujours le problème réel.
La compétence stratégique consiste alors d’abord à savoir questionner une situation : quels sont les acteurs concernés ? Quelles représentations divergent ? Quels mécanismes sont à l’œuvre ? Qu’est-ce qui est tenu pour évident mais mérite d’être interrogé ? Quelles hypothèses orientent implicitement l’analyse ?
Les démarches qualitatives — entretiens, observation, analyse de discours, étude de cas — apprennent précisément à faire émerger le problème avant de chercher à le résoudre.
Cette capacité à problématiser constitue une compétence de haut niveau pour les cadres dirigeants. Elle permet de dépasser les symptômes, d’éviter les réponses trop rapides et de reformuler une situation sous un angle permettant une décision plus pertinente.
Elle contribue également à développer une posture réflexive : le dirigeant ne cherche plus uniquement à apporter une réponse, mais à s’assurer qu’il pose d’abord la bonne question.
Intégrer la RSE dans la décision stratégique
La responsabilité sociale et environnementale ne constitue plus un sujet périphérique réservé aux spécialistes.
Elle devient progressivement une dimension de la stratégie et de la gouvernance.
Pour un dirigeant, la question n’est donc plus seulement de comprendre les principes de la RSE, mais de savoir intégrer les enjeux environnementaux, sociaux et sociétaux dans les décisions économiques.
Cela suppose notamment de réfléchir simultanément à la performance, à la création de valeur, à l’impact environnemental, aux attentes des parties prenantes et à la pérennité du modèle économique.
L’Executive MBA doit ainsi permettre aux participants de dépasser une conception exclusivement financière de la performance pour adopter une approche plus large de la création de valeur.
Comprendre la transformation digitale et l’intelligence artificielle
La transformation digitale et, désormais, l’intelligence artificielle modifient profondément les organisations.
Pour un cadre dirigeant, l’enjeu n’est pas nécessairement de devenir expert technique. Il est de comprendre ce que ces technologies changent dans les modèles économiques, les métiers, l’organisation du travail, la relation client et les processus de décision.
Le développement de compétences en matière de transformation digitale et d’IA vise donc avant tout à donner aux dirigeants les moyens de poser les bonnes questions : quelles activités peuvent être transformées ? Quels nouveaux modèles deviennent possibles ? Quelles compétences doivent évoluer ? Quels risques doivent être maîtrisés ? Et comment articuler innovation technologique, performance et responsabilité ?
Références
- Rubin, R. S., & Dierdorff, E. C. (2009). How relevant is the MBA? Assessing the alignment of required curricula and required managerial competencies. Academy of Management Learning & Education, 8(2), 208–224.
- Mainemelis, C., Kark, R., & Epitropaki, O. (2015). Creative leadership: A multi-context conceptualization. Academy of Management Annals, 9(1), 393–482.
- Spigel, B. (2017). The relational organization of entrepreneurial ecosystems. Entrepreneurship Theory and Practice, 41(1), 49–72
- Dweck, C. S. (2006). Mindset: The new psychology of success. Random House.